Histoire de l'alambic et de la distillation

La distillation per ascensum
L’antiquité savait déjà distiller per ascensum sans alambic. On chauffait p.e. de la résine et on étendait de la laine sur l’ouverture du pot. La vapeur s’élève dans la laine, et une fois le chauffage terminé, on exprime la laine imprégnée d’huile.


La distillation per ascensum, laquelle nous intéresse, n’était la seule méthode de distillation, il y avait aussi la distillation per descensum. Voici une description de la distillation des copeaux et éclats de pin : « On les fait brûler dans une fosse au bas de laquelle on a placé horizontalement un canon de fusil qui répond à un trou extérieur plus bas que la fosse. On a soin de couvrir cette fosse pendant la combustion. La résine est détachée et liquéfiée par la chaleur et noircie par la fumée : c’est du goudron. » (Villeneuve, cité par Laurent Porte). Cette technique de distillation (avec laquelle on fabriquait aussi du cade y de la poix) était pratiqué dans la France depuis sept mille ans au moins (aussi pour la fabrication de la poix).



Zozime, qui vivait du 3ème au 4ème siècle après Jésus-Christ est le premier en décrire un appareil propre à la distillation, un alambic. Zozime dit avoir vu à Memphis (Grèce), dans un ancien temple, un appareil « qui ressemble entièrement a celui que les chimistes arabes firent connaître, et que les chimistes du moyen âge appelèrent pélican… L’appareil distillatoire décrit par le savant de l’Ecole d’Alexandrie dut se répandre de bonne heure chez les Arabes, et servir, dans les contrées de l’Orient, à obtenir des eaux odorantes avec les végétaux aromatiques. Il est certain que l’on trouve dans les ouvrages arabes la mention très-expresse de l’ alambic, dès le IXe siècle. En ajoutant au mot ambix, qui avait été employé par les savants grecs de l’Ecole d’Alexandrie, la particule arabe, on eut le mot arabe al ambic, qui devint « alambic » chez les chimistes français du Moyen Age. » (Figuier)

« Les Arabes avaient en effet une connaissance exacte de la distillation… De tout temps ils se sont occupés d’extraire l’arome des plantes et des fleurs, et ont porté successivement leurs procédés en Italie, en Espagne et dans le midi de la France. » (P. Duplais)
« Les premiers alambics servirent à fabriquer le fard à paupières connu sous le nom de khôl. Curieusement, quand les Arabes commencèrent à distiller le vin, ils donnèrent le même nom au produit obtenu : al khôl, «la chose subtile»



Au 6ème siècle après JC. les Arabes ont commencé à envahir l'Europe et ont par la même occasion, propagé la technique de la distillation.
Abul Qàsim (un médecin arabe du Xe siècle) décrit les différents types et appareils de distillation, même quand il s’agissait toujours de la distillation des fleurs et des plantes, et pas de l’alcool. Les alambics d’autrefois étaient composés de deux pièces, une chaudière dans laquelle on mettait la substance à distiller et un chapiteau, muni d’un tuyau latéral.

Laboratoire de distillation

Dans le XIIIe siècle il y avait deux grands personnages qui perfectionnaient l' alambic et les procédés de distillation : Arnaud de Villeneuve et Raymond Lulle, deux catalans qui parlaient arabe.
Arnaud de Villeneuve est un des principaux introducteurs des sciences occultes, surtout de l’alchimie, et on lui doit l’introduction de l’emploi de l’alcool, de l’essence de térébenthine et des vins médicinaux et thérapeutique et l’usage courant de la distillation en pharmacie. Raymond Lulle invente la rectification, donne le nom d’alcool à l’esprit le plus concentré (selon Figuier), travaille avec Arnaud de Villeneuve à la mise au point des premières liqueurs.
Il faut remarquer que tous les produits de distillation obtenus avec un alambic (per ascensum) sont appelés eaux (eau de vie, eau de rose, eau de parfum, etc), tandis que les produits de distillation per descensum étaient dénommés huiles.


L'alchimiste

Dans le XVe siècle on connaît l' alambic type « pélican » de 2 pièces, la cucurbite et le chapiteau (qui vaut trois à quatre fois plus cher à la livre que la cucurbite). C’était aussi le cas lors de l’ alambic à eau de rose (qui avait un chapiteau cône aigu).
L’évolution de l’ alambic a suivi la courbe habituelle. Le verre a cédé la place au cuivre. On a appris à calculer les dimensions du chapiteau, la longueur du col de cygne et du serpentin pour recueillir le meilleur des vapeurs.



Dans le IXX siècle, l’ère industrielle commençante, rien ne faisait arrêter le progrès On voulait produire davantage, en moins de temps, à moindre coût. C’est ainsi que sont nés les appareils modernes, alambics à colonnes où la distillation ne s’arrête pas, une fois qu’elle est commencée, où on peut éliminer directement des produits de tête et de queue indésirables et dont le rendement en alcool est plus important.

Alambic d'Edouard Adam

En France, la distillation des eaux de vies était jadis faite par un bouilleur de cru avec un alambic ambulant ou fixe, mais depuis l'industrialisation ce métier tend à la disparition, car les couts de revient de production industriel sont plus compétitifs. Le distillateur ambulant est exempté de taxe s’il ne se live pas à la vente au détail ; il peut distiller pour lui-même dans la limite de 1000 degrés d’alcool pur par an.


Bouilleur de cru

Depuis une loi de 1960, ce privilège ne peut plus se transmette comme autrefois de père en fils. Le bouilleur de cru avec son alambic ambulant est une espèce en voie de disparition. Chaque année voit plusieurs d’entre eux disparaître et leur privilège s’éteindre avec eux.
De nos jours, le bouilleur de cru est la personne qui amène la marchandise à l'alambic, c'est à dire le cidre, les fruits, pour fabriquer l'eau de vie. Le distillateur ambulant est bien la personne qui passe de village en village pour transformer les fruits fermentés en un breuvage fort apprécié.